Analyse du potentiel de visibilité des menhirs de la vallée de la Moine
Article mis en ligne le 1er juin 2019
dernière modification le 20 mars 2020

par yann

Étude réalisée en lien avec les travaux de M. Gérard Berthaud.

1 - Contexte

La vallée de la Moine présente sur sa rive droite (Nord) une concentration de menhirs (Tab. 1.1 page § et Fig. 1.1 page §). De même que la majorité de ces pierres dressés connues en France, ceux de la vallée de la Moine ne sont pas datés, bien que des hypothèses aient été émises sur la base des gravures présentes sur certains d’entre-eux (Mens et al, 2016), les attribuant au V e. millénaire. Des réflexions en lien avec ces gravures ont également amener à s’interroger sur la visibilité de ces menhirs et sur leur visibilité, en lien avec d’éventuels cheminements (op. cit.).

Par ailleurs nous avons mené une étude heuristique plus générale à l’échelle du territoire métropolitain afin de tenter d’objectiver le statut des menhirs en tant que géomarqueurs de paysages anciens, supposés néolithiques (Le Jeune et Vigneau, sous presse). Du fait la densité de menhirs et de la qualité de l’information associée (positionnement vérifié en grande majorité), la vallée de la Moine nous a apparu comme un terrain propice à la mise en pratique de ces méthodes à une échelle micro-régionale.

2 - Objectif et méthodes

Le but de cette étude et de produire des analyses de visibilité des menhirs de la vallée de la Moine à partir de la carte archéologique régionale et de données issues de prospections récentes réalisées par M. Gérard Berthaud. Ces vestiges doivent être considérés comme les reliques d’un patrimoine mégalithique qui était probablement plus dense et a subis des destructions importantes. Le corpus est donc très probablement lacunaire.

Nous avons appliqué les mêmes méthodes que celles employée à l’échelle nationale (op. cit.), à savoir l’usage d’algorithmes classiques de calculs de visibilité, permettant de connaître les terrains d’où les menhirs sont visibles. Nous avons également estimé le nombre de menhirs visibles depuis chaque mégalithe et comparé cela avec le potentiel de visibilité des terrains.

Ces calculs ont pris pour base le MNT de l’IGN (BDAlti à 50m, Fig. 2.1 page §), utilisé avec les algorithmes du SIG GRASS (r.viewshed, Haverkort et al, 2009) et les paramètres suivants :

  • distance maximale de perception de 2500 m (voir Higuchi 1983),
  • hauteur de vue 1,75 m,
  • hauteur de cible 1,75 m.

Bien entendu ces calculs ne prennent pas en compte les barrages visuels qui pouvaient exister et existent encore (végétation notamment), il s’agit donc de l’estimation du potentiel de visibilité maximal. A ce titre les valeurs nulles (pas de visibilité) sont plus informatives puisqu’elles indiquent que quelques soit les barrages qui pouvaient exister, le potentiel de visibilité est nul, ou que l’inter-visibilité l’est.

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3 - Résultats

La carte produite (Fig. 3.1 page §) indique que le potentiel de visibilité est presque continu en longeant la rive droite de la Moine ; un cheminement théorique est possible sur environ 30 km en ayant pratiquement toujours au moins 1 menhir en vue. On remarque que ce chiffre est plus élevé sur la commune de Sevremoine, où certains terrains ont un nombre de menhirs potentiellement visibles qui monte jusqu’à 8. Une discontinuité très forte s’observe aux environs de Cholet et un potentiel de visibilité maximal à l’emplacement du bourg actuel de Roussay (Fig. 3.2 page §)

Les menhirs de Sevremoine ne sont pas ou très peu visible depuis le fond vallée. Par ailleurs la position des menhirs ne maximise pas leurs visibilité ; ils sont positionnés soit en retrait du bord de la vallée lequel présente un potentiel de visibilité plus fort, soit en retrait d’une ride de terrain qui est également plus propice (Fig. 3.3 page §). Ceci est conforme aux tendances observées au niveau national (Le Jeune et Vigneau, sous presse) et peut être interprété comme une position propice à une polarisation des bassins de visibilité, favorisant l’inter-visibilité entre menhirs.

On remarquera quelques positions atypiques, notamment (Fig. 2.1 page § et 3.1 page §) :

  • menhir n°34 (La Brétaudière) avec un potentiel de visibilité faible exprimé en fond de vallée,
  • menhir n°25 (Moulin à vent de la colle) avec une position maximisant sa visibilité dans de multiples direction (polarisation faible, inter-visibilité avec 4 autres menhirs).

De manière générale, les menhirs sont en lien avec la Moine, ou dans de moindre mesures avec d’autres vallées. On remarquera, sans pouvoir l’interpréter facilement, la présence de menhirs au sud de la Moine selon un axe perpendiculaire à cette vallée (menhirs n°15, 11 et 35) et un groupe associé à la vallée de l’Evre (n°9, 10, 21 et 22).

4 - Conclusion et perspectives

Malgré les lacunes observées (agglomération de Cholet notamment), la rive droite de la Moine apparaît comme un contexte tout à fait singulier qui pourrait traduire une construction paysagère très ancienne, potentiellement néolithique. L’usage de menhirs aurait pu permettre des cheminements indiqués par ces pierres levées sur environ 30 km (de Mazières en Mauges à l’Est à Montfaucon à l’Ouest), le long d’une limite géographique nette, ici une vallée (en rive droite), laquelle aurait pu avoir une signification territoriale au néolithique. Cette proposition reste hypothétique sans critères de datation fiable, lesquels, comme pour l’énorme majorité de ces mégalithes en France, manquent cruellement. Le lien spatial avec des traces d’habitats ou celles d’anthropisation (études paléoenvironnementales) serait également utile afin de densifier l’information et tenter de comprendre le sens que pouvait avoir ces mégalithes et les territoires qui pourraient y avoir été associés.

Une étude complémentaire devra être menée afin de confronter ces résultats à une modélisation des déplacements comme cela a pu être mené sur d’autres territoires (Fábrega-Álvarez et al. 2011). De même que pour l’étude menée au niveau régional et national, une analyse géomorphométrique sera entreprise.

5 - Bibliographie

Fábrega-Álvarez P., Fonte J., González García F., « Las sendas de la memoria. Sentido, espacio y reutilización de las estatuas-menhir en el noroeste de la Península Ibérica », Trabajos de Prehistoria, 68, 2011, pp. 313-330.

Haverkort H., Toma L., Zhuang Y., « Computing Visibility on Terrains in External Memory », in Applegate D., Stølting Brodal G. (éd.), ALENEX 07, Proceedings of the Ninth Workshop on Algorithm Engineering and Experiments, La Nouvelle-Orléans, Louisiane, États-Unis, janvier 2007, Philadelphie (Etats-Unis) : Society for Industrial and Applied Mathematics, 2009,pp. 13-22.

Higuchi T., The visual and spatial structure of landscapes, Cambridge (Massachusets) : Massachusets Intitute of Technology Press, 1983.

Le Jeune Y. et Vigneau T., « Les menhirs « isolés », des marqueurs dans le paysage néolithique ? Essai d’approche géostatistique multiscalaire », INTERNÉO 2017, sous presse. Mens E., Berthaud G., Raux P., Berson B., Joussaume R., « Les stèles gravées du plateau de la Bretellière à Saint-Macaire-en-Mauges » . Arqueología y prehistoria del interior peninsular , Madrid : Área de Prehistoria (Universidad de Alcala de Henares), 2016, 4 extra, pp.165-181.